Metz : un géoradar sonde les mystères enfouis sous la place d'Armes
Le 16 juillet 2025, un géoradar a sondé les 5 000 m² de la place d'Armes à Metz, en quête de traces gauloises, romaines et médiévales enfouies sous les pavés.
Camille Wagner · · 2 min de lecture
Le 16 juillet 2025, les archéologues de l'Eurométropole de Metz ont fait rouler un géoradar sur les 5 000 m² de pavés de la place d'Armes, en plein cœur du centre-ville, pour sonder sans creuser le sous-sol de ce lieu classé. Objectif : vérifier si des vestiges gaulois, romains ou médiévaux subsistent sous l'une des plus belles places de Metz.
Une place impossible à fouiller classiquement
Selon le communiqué de l'Eurométropole de Metz, la place d'Armes Jacques-François Blondel ne peut pas faire l'objet de fouilles archéologiques classiques : elle est protégée au titre des Monuments Historiques, et une excavation risquerait de la défigurer. S'ajoute une difficulté propre au secteur : les couches archéologiques y atteignent plusieurs mètres de profondeur, ce qui rend l'accès aux vestiges très compliqué.
Le Service d'archéologie de la métropole a donc choisi une méthode non destructive, la prospection géoradar, pour obtenir des images du sous-sol à plusieurs niveaux de profondeur sans creuser un seul trou. La circulation a été neutralisée sur la place pendant toute la journée du 16 juillet pour permettre les mesures.
Des ondes électromagnétiques pour voir sous les pavés
D'après les explications recueillies par France Bleu Lorraine (ici Lorraine), l'appareil utilisé ressemble à une tondeuse à gazon équipée de fils, d'une antenne et d'un ordinateur portable. Armand Groot, ingénieur de l'entreprise GeoCarta chargée de l'opération, décrit un principe proche de l'écholocalisation des chauves-souris : l'appareil envoie des ondes électromagnétiques dans le sol, qui rebondissent contre les surfaces enterrées, maçonneries, cavités ou remblais. La technique permet de cartographier le sous-sol jusqu'à plusieurs mètres de profondeur.
Moselle TV précise que cette campagne élargit la zone déjà explorée lors d'une précédente intervention menée en 2008. Toujours selon France Bleu Lorraine, cette solution coûte quelques milliers d'euros, contre plusieurs centaines de milliers d'euros pour une fouille traditionnelle nécessitant engins mécaniques et grues.
Des églises et un palais épiscopal disparus
Ce que cherchent les archéologues n'est pas totalement un mystère : avant que l'architecte Jacques-François Blondel ne dessine la place actuelle à partir de 1754, sur ordre du gouverneur de Belle-Isle et à la demande de Louis XV, le site abritait plusieurs édifices religieux aujourd'hui disparus. Selon l'article consacré à la place sur Wikipédia, s'y trouvaient notamment l'église Saint-Gorgon et son cimetière, Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Paul, la chapelle des Lorrains et Saint-Pierre-aux-Images, ainsi que le palais épiscopal, séparé de la cathédrale par une cour ; il n'existait alors qu'une petite place devant le portail de la Vierge.
Gaël Brkojewitsch, archéologue responsable du pôle Archéologie préventive de Metz Métropole, rappelle que la place se trouve aussi à proximité de l'emplacement du forum antique, cœur de la cité à l'époque romaine, où des mosaïques et d'autres constructions avaient été repérées dès le XVIIIe siècle. Julien Trapp, historien responsable de la collection archéologique du musée de la Cour d'Or de Metz, partage cet espoir de nouvelles découvertes sur cette période.
Des cartes attendues par la Ville et les chercheurs
Les données collectées par le géoradar devaient être traitées dans les semaines suivant l'opération puis restituées sous forme de cartes en deux dimensions, destinées à la fois à la communauté scientifique et aux services de la Ville de Metz. Selon l'Eurométropole de Metz, les premiers résultats étaient attendus avant l'automne 2025.
La place d'Armes, classée monument historique depuis 1948 et restaurée en 2007 sous la direction de l'architecte Christophe Bottineau, pourrait ainsi livrer un peu plus de ses 2 000 ans d'histoire sans qu'un seul pavé n'ait eu besoin d'être soulevé.
Pratique. La place d'Armes Jacques-François Blondel se situe au cœur du centre-ville de Metz, entre la cathédrale Saint-Étienne et l'hôtel de ville. L'opération de géoradar, menée par le Service d'archéologie de l'Eurométropole de Metz avec l'entreprise GeoCarta, a porté sur 5 000 m² de surface accessible.
Sources
- Eurométropole de Metz, « Quels secrets se cachent sous les pavés de la place d'Armes Jacques-François Blondel à Metz ? (communiqué de p »
- ici Lorraine (France Bleu), « Metz : un géoradar sur la place d'Armes à la recherche de bâtiments de l'époque romaine »
- Moselle TV, « La place d'Armes à Metz sondée par des archéologues »
- Wikipédia, « Place d'Armes (Metz) »